Kamoa, Tenke, Kibali : comment les géants miniers en RDC collaborent (ou non) avec les PME locales
Introduction
La République Démocratique du Congo (RDC) est l’un des plus grands producteurs de minerais stratégiques au monde. Pourtant, l’enjeu reste immense : faire en sorte que cette richesse profite aux entrepreneurs locaux. En 2017, la loi sur la sous-traitance (n°17/001) est adoptée pour imposer aux grandes entreprises de confier leurs services auxiliaires à des PME congolaises. Dans ce contexte, trois poids lourds du secteur minier – Kamoa Copper, Tenke Fungurume (TFM) et Kibali Gold – sont scrutés à la loupe. Collaborent-ils réellement avec les entreprises locales ?
1. Kamoa Copper : un modèle de partenariat local ?
Un engagement concret envers les PME congolaises
En 2024, Kamoa Copper a signé 13 contrats avec des PME congolaises dans le cadre de ses activités à Kolwezi, province du Lualaba. Ces accords ont été facilités par l’ARSP (Autorité de Régulation de la Sous-traitance en RDC), garantissant que les entreprises partenaires soient majoritairement détenues par des Congolais.
Appels d’offres transparents et formation locale
Kamoa a également mis en place un centre de formation technique pour les jeunes de la région, leur permettant d’acquérir des compétences dans l’électricité industrielle, la mécanique et la sécurité. En collaboration avec le BTP-CMA, le groupe forme une main-d’œuvre locale qualifiée, réduisant ainsi sa dépendance aux prestataires étrangers.
2. Tenke Fungurume : peu de transparence sur les sous-traitants
Des recommandations sans mise en œuvre visible
Tenke Fungurume Mining (TFM), exploité par China Molybdenum en partenariat avec la Gécamines, est l’une des plus grandes mines de cuivre-cobalt du pays. Bien que l’ARSP ait recommandé plusieurs entreprises congolaises pour ses contrats de sous-traitance, peu d’informations officielles ont filtré sur les suites données à ces recommandations.
Des attentes fortes de la part de l’écosystème local
Les PME de la région de Fungurume attendent toujours des actions concrètes, notamment des appels d’offres accessibles, des délais de paiement respectés, et un appui en matière de renforcement des capacités.
3. Kibali Gold : un exemple de réussite locale ?
Plus de 700 entreprises locales intégrées
Exploité par Barrick Gold, Kibali Gold Mine, située dans le Haut-Uélé, est saluée comme un exemple de bonne pratique en matière de contenu local. En 2025, plus de 700 entreprises congolaises ont été impliquées dans sa chaîne d’approvisionnement, notamment dans les projets d’extension des puits satellites (Kalimva, Ikamva, etc.).
Investissements durables dans l’économie locale
Barrick annonce avoir injecté plus de 2,6 milliards USD dans des contrats locaux depuis le début de ses opérations. Le site emploie 95 % de Congolais, avec un taux élevé de formation et de rétention du personnel.
4. Défis communs pour les PME congolaises
Faible accès au financement et aux normes internationales
Malgré les lois, de nombreuses PME minières congolaises peinent à répondre aux exigences techniques et financières des grandes compagnies. L’absence de certification (ISO, QHSE), le manque de capitaux propres et les difficultés d’accès au crédit limitent leur compétitivité.
Pratiques de contournement de la loi
Plusieurs multinationales sont accusées de contourner la loi via des entreprises de façade, dont la structure juridique respecte la loi mais dont le contrôle effectif reste étranger. Ce phénomène affaiblit l’objectif de souveraineté économique visé par la loi.
5. Recommandations pour une sous-traitance plus inclusive
- Renforcer les contrôles de l’ARSP sur l’identité réelle des sous-traitants.
- Soutenir la formation et la certification des PME locales.
- Rendre obligatoires les rapports annuels sur le contenu local pour les entreprises minières.
- Impliquer les chambres de commerce et les incubateurs pour professionnaliser les sous-traitants.
Kamoa et Kibali montrent qu’il est possible d’intégrer efficacement les PME congolaises dans l’économie minière. À l’inverse, Tenke Fungurume reste dans une zone grise où l’effort d’intégration reste à démontrer. Pour que la loi sur la sous-traitance atteigne pleinement son objectif, il faut conjuguer rigueur institutionnelle, volonté politique et montée en compétences des entrepreneurs locaux.